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Les Sourds, miroir de notre société d'entendants ?

La surdité est généralement perçue par la société comme un handicap intolérable, plein de souffrances, de tristesse et extrêmement isolateur. Pour les parents d’enfants sourds, il s’agit d’un grand malheur dont l’enfant gardera la trace. Pour les médecins, l’enfant sera un malade dont la déficience pourra être mesurée, étiquetée et éventuellement palliée par un appareillage plus ou moins performant et pour les orthophonistes, il devient une parole à éduquer. Chez les enseignants, ce sera un enfant en échec et pour les services sociaux ce sera un handicapé auquel on attribuera une rente invalidité.

Peut-on réellement reprocher ces comportements? Sans doute que non. Mais s’il est
une chose que l’on peut pointer du doigt, c’est que la majorité de ces intervenants dans
la vie d’un sourd agissent sans connaître, sans comprendre et encore moins sans savoir
ce qu’est être sourd. Ils ne voient qu’un être à qui il manque “quelque chose”, un
sens, et le classe dans la catégorie handicapé.

Handicap, comme le disait l’Organisation Mondiale de la Santé en 2001, (in F.Loser,
2004) *est un terme générique désignant les déficiences, les limitations d’activité et les
restrictions de participation. Il désigne les aspects négatifs de l’interaction entre un
individu (ayant un problème de santé) et les facteurs contextuels face auxquels il
évolue (facteurs personnels et environnementaux)*.

Parler d’handicap, c’est faire référence à la norme sociale, à la normalité de l’être.
Pour l’homme entendant, la norme est d’entendre. Une personne ne bénéficiant pas de
l’ouïe deviendra anormale ou handicapée, pour rester dans le politiquement correct.
Mais”qu’est-ce que la normalité ?” Pourquoi ne devrait-il y avoir qu’une seule norme ? Est-ce parce qu’elle est majoritaire qu’elle est Vrai ?

Ce raisonnement est celui posé par les Sourds, mais aussi par d’autres personnes
atteintes d’autres déficiences, telles des malformations de membres. Pourtant, on ne
retient que l’acharnement des sourds à vouloir être reconnus en tant que tels. Est-ce
parce que, malgré tout, ces personnes atteintes de malformations acceptent, pour la
majorité, des prothèses orthopédiques, alors que les Sourds dénoncent des implants ?
Est-ce parce qu’ils se réclament d’une autre culture ?

Parler de handicap, c’est aussi parler d’intégration. Mais l’intégration de personnes
dites différentes ne consiste ni à fermer les yeux en pensant qu’elles n’existent pas, ni
à sortir une baguette magique et à faire en sorte qu’elles deviennent “comme nous”.
La première réaction s’appelle de l’exclusion, la seconde de l’assimilation. L’intégration est beaucoup plus complexe. Comme le dit Thomas Mächler (L’intégration et l’exclusion, in Francis Loser, “Exclusion et intégration”, module 440 de l’HETS-IES), la notion d’intégration recouvre en général le processus de réunion des parties en un nouvel ensemble. Mais pour que cette réunion ait lieu, il faut que les deux partis fassent des efforts pour accepter l’autre dans sa différence et mettent en place des moyens pour que chacun puisse vivre avec cette différence. Bien sûr, cela demande des moyens humains et matériels et encore faut-il vouloir les mettre à disposition, surtout lorsque “chacun vit pour soit et Dieu pour tous” et que la Politique cherche à démanteler l’Etat Social.

Penser à tout cela lorsque nous sommes entendants n’est pas aisé. Cela est même, pour
de nombreuses personnes, irréalisable, “insultant” au vu des efforts accomplis ces
dernières décennies pour “l’intégration des personnes handicapées”. Ceci est dû au
fait que, actuellement, le monde entendant pense avoir fini avec l’ethnocentrisme, tant
les droits d’égalités entre tous sont présents et dont une de ses formes, le racisme, est
contrée. Pourtant, les sourds nous montrent que, malgré tous les combats menés, nous
sommes restés entièrement audiocentristes.

Parce que l’audition est pour nous la source de toute information et communication, il
nous est difficile de concevoir que ceci peut se faire par d’autres moyens, que notre
norme n’est peut être pas unique. De fait, le monde entendant est plein de fausses
évidences, de bonnes intentions et de malentendus culturels. Malgré toutes nos bonnes
intentions d’entendants, ce que nous montrent les Sourds, c’est que ce n’est pas la
surdité qui les rend handicapés, mais bel et bien le fonctionnement de la société dans
laquelle ils vivent malgré tout.




Source : Umiker V. (2007), L'implant cochléaire : sa divergence est-elle toujours d'actualité ? Genève: Institut d'études sociales


www.pisourd.ch - 05/12/2022