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L'expérience de l'altérité 3/3

La vision (et par là même le regard) est un sens très important pour les sourds. Sans
elle, ils perdent le contact avec la réalité. De ce fait, ils s’organisent toujours de façon à
pouvoir utiliser la totalité de leur champ visuel. Leur regard est donc toujours aux
aguets, ce qui, selon eux, représente même un signe de reconnaissance entre sourds
inconnus. Les sourds ont donc une grande angoisse lorsqu’ils se retrouvent, par
exemple, à un bureau face au mur, porte derrière eux, ou encore lorsqu’ils sont dans
l’obscurité.

Pour les sourds, le regard et le toucher forment un tout, un système. Dès lors ils ont
une proximité physique (toucher quelqu’un pour attirer son attention) qui peut être mal
interprétée par les entendants. Ceci est une chose mal comprise par les sourds, comme
le fait que les entendants aient du mal à regarder les gens (dont les sourds
évidemment) dans les yeux quand ils leur parlent.

Les personnes sourdes ont de grandes difficultés d’accès à l’information en général.
Ils aiment énormément la télévision, mais son accès est difficile. Enormément de
programmes ne sont pas sous-titrés et les images sont alors compliquées à interpréter.
Comment, en effet, savoir s’il s’agit d’images d’archives, récentes, de scènes réelles ou
imaginaires, coupées ou non? Par exemple, Yves Delaporte relate dans son livre
(2002) qu’une de ses connaissances, après avoir vu une émission scientifique, racontait
comment la Terre allait bientôt être détruite par les ouragans, volcans et raz-de-marées.
D’autres ont été épouvantés par les publicités de produits anti-acariens, montrant ces
insectes grossis à la taille d’un rat.

L’écrit pose de grands problèmes aux personnes sourdes. Autant il est plus ou moins
évident pour les entendants, car chaque son que nous prononçons correspond à une
lettre, autant il est difficile à acquérir pour des sourds. Ceci s’explique relativement
facilement par le fait que, en langue des signes, les “mots” (signes), représentent des
objets, et non des lettres (sons). Pour un sourd, écrire revient à penser dans une autre
langue. J’imagine que c’est comme si nous, francophones, parlions français mais devions écrire en hiéroglyphes, chinois, arabe ou autre alphabet qui ne soit pas le notre. On comprend dès lors que l’écrit puisse poser problème, même s’il n’est pas impossible à acquérir. Dans tous les cas, le faible niveau d’écrit des personnes sourdes leur limite l’accès à l’information écrite et ils ont alors plusieurs fausses croyances. L’exemple le plus flagrant, mais le plus dramatique aussi, est que certains sourds ont été soulagés d’apprendre qu’ils étaient séropositifs, car le seul mot qu’ils aient compris sur le papier avec lequel le médecin communiquait était “positif”, ce qui est toujours optimiste. Comment faire alors comprendre à une personne soulagée de n’avoir rien de grave qu’elle est malade, que ses rapports devront être protégés, qu’elle devra suivre un traitement, et même qu’elle peut mourir? Si l’annonce de cette maladie avait été faite en langue des signes, tout cela ne serait pas équivoque, car le signe est très précis. Il s’agit de l’image d’un dangereux virus prêt à s’éveiller.




Source : Umiker V. (2007), L'implant cochléaire : sa divergence est-elle toujours d'actualité ? Genève: Institut d'études sociales


L'expérience de l'altérité 1/3
L'expérience de l'altérité 2/3

www.pisourd.ch - 20/05/2022